Fegafoot : Soutien d’un des recalés, Rémy Ebanega réclame à Oligui l’incarcération de Mounguengui
À l’approche du très controversé congrès électif de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) du 18 avril, la bataille quitte le terrain sportif pour s’inviter dans l’arène politico-judiciaire. L’ancien international gabonais Rémy Ebanega a publié ce dimanche 5 avril une lettre ouverte au président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema. En exigeant ouvertement l’arrestation de Pierre Alain Mounguengui, ce soutien d’un des 3 candidats recalés par la commission électirale joue une carte risquée pour faire barrage au désormais candidat unique.
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Le timing de cette missive présidentielle est tout sauf anodin. Alors que la commission électorale vient de recaler sans ménagement les trois adversaires de Pierre Alain Mounguengui, ouvrant une voie royale au président sortant pour un quatrième mandat consécutif, la résistance s’organise. Rémy Ebanega, président de l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG) et soutien affiché de l’un de ces candidats malheureux, tente un ultime coup d’éclat.
Une manœuvre de la dernière chance au parfum d’ingérence
En sollicitant directement l’intervention du chef de l’État pour mettre hors-jeu l’actuel patron du football gabonais, l’ancien défenseur des Panthères abat ce qui s’apparente à sa dernière carte. Cette démarche assume le risque d’inviter une immixtion politico-judiciaire flagrante dans un processus électoral sportif. Une stratégie à double tranchant, puisque les statuts de la FIFA proscrivent sévèrement toute ingérence gouvernementale, exposant potentiellement le Gabon à une suspension internationale.
Les grandes lignes de cette missive :
| Thèmes abordés | Arguments avancés par R. Ebanega | Citations clés de la lettre | Objectif stratégique visé |
|---|---|---|---|
| Scandale de pédocriminalité | Preuve apportée via la décision de la FIFA confirmant les abus sexuels entre 2006 et 2021. | « Cette preuve, c’est la décision officielle de la FIFA du 4 mars 2025, qui reconnaît officiellement l’existence d’abus sexuels sur mineurs dans le football gabonais » | Obtenir l’arrestation de P.A. Mounguengui et l’écarter définitivement de la course à la présidence. |
| Promesse présidentielle | Rappel de l’engagement pris par le Général Oligui Nguema en avril 2024 d’agir sur présentation de preuves. | « Vous m’aviez alors déclaré, avec clarté et fermeté, que si j’apportais cette preuve, M. Pierre-Alain Mounguengui retournerait en prison » | Forcer une immixtion politico-judiciaire immédiate venant du sommet de l’État pour bloquer le congrès. |
| Dette des joueurs pros | Arriérés de salaires impayés depuis 2016, représentant une somme colossale. | « Une dette qui remonte à 2016 et qui avoisine désormais près de deux milliards de FCFA. Cette situation constitue non seulement une injustice financière, mais également une profonde blessure morale » | Dénoncer le bilan social et financier désastreux de l’actuel comité exécutif de la Fegafoot. |
| Hommage aux vétérans | Demande d’une cérémonie de reconnaissance officielle pour les anciens internationaux gabonais. | « Organiser au Palais des Sports une grande cérémonie en l’honneur de tous nos anciens sportifs internationaux (...) Ils demandent aujourd’hui, à juste titre, la reconnaissance officielle de l’État » | S’attirer la sympathie, la légitimité et le ralliement des anciennes gloires du sport gabonais. |
Pour justifier cette requête, Rémy Ebanega s’appuie sur une conversation tenue avec le général Oligui Nguema le 30 avril 2024, en marge du Dialogue National Inclusif. L’échange portait sur le sombre scandale de pédocriminalité impliquant l’encadreur Patrick Assoumou Eyi. Selon le syndicaliste, le président de la Transition l’avait mis au défi d’apporter la preuve de l’existence de ces crimes.
« Vous m’aviez alors déclaré, avec clarté et fermeté, que si j’apportais cette preuve, M. Pierre-Alain Mounguengui retournerait en prison ; et que si je ne l’apportais pas, c’est moi-même qui irais en prison », rappelle-t-il publiquement dans sa lettre.
La décision de la FIFA brandie comme arme électorale
Aujourd’hui, Rémy Ebanega affirme détenir cette preuve irréfutable : la décision de la chambre de jugement de la FIFA du 4 mars 2025, confirmant l’existence d’abus sexuels sur mineurs entre 2006 et 2021. Fort de ce rapport, il exige que les responsabilités de la hiérarchie fédérale soient tirées. « Si les faits sont aujourd’hui officiellement reconnus, alors pourquoi les responsabilités ne seraient-elles pas, elles aussi, établies ? », s’interroge-t-il.
La lettre accompagnée de la preuve contre Mounguengui
Si la lettre évoque d’autres griefs, tels que les deux milliards de francs CFA d’arriérés dus aux joueurs professionnels depuis 2016, le véritable enjeu transparaît en filigrane : empêcher coûte que coûte le maintien de l’« ogre » Mounguengui à la tête de l’institution. Conscient des critiques sur l’opportunisme de sa démarche à quelques encablures du congrès, l’auteur s’en défend : « Il ne s’agit ni de vengeance, ni de règlement de comptes. Il s’agit de justice. »
En publiant ce plaidoyer sur les réseaux sociaux, Rémy Ebanega prend l’opinion publique à témoin et place le chef de l’État face à un dilemme complexe. Le Palais du bord de mer devra désormais choisir entre laisser le processus électoral de la Fegafoot suivre son cours, au grand dam des opposants, ou intervenir au risque de s’attirer les foudres de l’instance faîtière du football mondial.
@info241.com
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