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Paradoxe

Filière bois au Gabon : le vertigineux paradoxe d’une croissance sous perfusion chinoise

Filière bois au Gabon : le vertigineux paradoxe d’une croissance sous perfusion chinoise
Filière bois au Gabon : le vertigineux paradoxe d’une croissance sous perfusion chinoise © 2026 D.R./Info241

Depuis plusieurs années, la filière forêt-bois gabonaise connaît une transformation structurelle profonde, essentiellement portée par la montée en puissance de la demande asiatique. Ce dynamisme inédit soutient indéniablement les exportations nationales et l’activité industrielle locale. Néanmoins, il fait également émerger des inquiétudes grandissantes quant à une dépendance économique accrue et aux pressions potentielles sur une biodiversité reconnue comme l’une des plus riches au monde.

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Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données de la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale (DGEPF), la Chine a confortablement conservé, en 2025, sa place de premier client du Gabon. Tous secteurs confondus, Pékin concentre à lui seul près d’un tiers des exportations du pays. Dans le secteur forestier, cette domination est encore plus écrasante : le marché chinois absorbe entre 70 % et 80 % des exportations de bois gabonais, s’imposant comme un débouché international quasi incontournable.

Une croissance exponentielle tirée par l’industrialisation

Cette demande soutenue a largement contribué à la vitalité financière de la filière. En 2014, son chiffre d’affaires national était estimé à environ 184 milliards de francs CFA. Huit ans plus tard, en 2022, il atteignait près de 704 milliards de francs CFA, signant une multiplication par près de quatre. Cette progression spectaculaire repose notamment sur l’essor des unités de transformation locales (sciage, placage, contreplaqué) et sur le développement fulgurant de zones industrielles dédiées, à l’image de la zone de Nkok.

La dynamique haussière s’est d’ailleurs confirmée tout au long de l’année écoulée. Sur les neuf premiers mois de 2025, la croissance cumulée du secteur a atteint la barre remarquable des 22,8 %. Cette performance a été principalement tirée par l’exploitation des bois d’œuvre, en hausse de 16,7 %, ainsi que par les autres produits dérivés du bois, qui ont enregistré une solide progression de 11,6 %.

Convoitises, trafics et souveraineté forestière

Derrière ces indicateurs macroéconomiques flatteuses, les autorités gabonaises restent vigilantes face aux dérives liées à cette forte dépendance. La demande chinoise en matières premières africaines est souvent jugée peu encadrée. Une part non négligeable du bois gabonais est encore exportée puis transformée en Chine, avant d’être réexportée vers d’autres marchés, notamment européens, dans des conditions réputées opaques. Face à cette pression continue, certaines essences précieuses comme le kevazingo (ou bubinga) font l’objet d’une surveillance gouvernementale accrue, son mètre cube pouvant atteindre 1,2 million de francs CFA sur le marché, alimentant toutes les convoitises.

Pour endiguer ces trafics, l’État a mené de nombreuses opérations d’envergure par le passé. En 2015, vingt-six personnes, dont cinq ressortissants chinois, ont été arrêtées près de Makokou dans le cadre de la lutte contre l’exploitation forestière illégale. En 2019, la fermeté s’est traduite par la suspension ferme du permis de la Société des sciages de Moanda (SSMO). Aujourd’hui, les estimations indiquent que les entreprises chinoises détiendraient plus de 25 % des surfaces forestières concédées du pays, interrogeant sur la souveraineté d’un patrimoine couvrant près de 90 % du territoire national.

Vulnérabilité logistique et péril climatique

Malgré un taux de déforestation maintenu à un niveau extrêmement faible d’environ 0,05 % sur dix ans, l’équilibre écologique de ces 24 millions d’hectares de forêt demeure précaire. L’extension des zones d’exploitation et le développement des infrastructures routières perturbent les habitats d’une faune endémique exceptionnelle, composée notamment d’éléphants de forêt et de gorilles. À ces enjeux stricts de conservation s’ajoute désormais, et de manière visible, la réalité du changement climatique.

En juillet 2025, des précipitations anormalement intenses ont lourdement perturbé les opérations industrielles en pleine saison sèche. L’exploitation des essences phares — okoumé, azobé, okan — a été drastiquement freinée. Dans les régions de Lastourville, de la Lopé ou de Makokou, les pistes en terre sont restées difficilement praticables pendant plusieurs semaines, allongeant le transport des grumes jusqu’au port d’Owendo à parfois plus de trois jours. Révélant la forte vulnérabilité logistique du secteur, ces aléas placent le Gabon face à un choix stratégique décisif : poursuivre son industrialisation à marche forcée tout en renforçant impérativement la gouvernance et la résilience climatique de son inestimable trésor vert.

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