Gabon : Bilie-By-Nze accuse Oligui Nguema d’être un « dictateur » et de subir des menaces de sa part
Dans une interview incendiaire accordée ce mardi à Brut Afrique, Alain Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre du Gabon et dernier chef du gouvernement de la dynastie Bongo avant le coup d’État du 30 août 2023, a dénoncé avec force la situation politique actuelle dans son pays. L’ex-chef du gouvernement du régime renversé, accuse le nouveau président Brice Clotaire Oligui Nguema de concentration du pouvoir et de répression visant opposants, syndicalistes et journalistes. L’ancien bras droit d’Ali Bongo l’accuse même d’un dictateur et lui adresser des menaces directes, des propos qu’il avance sans sourciller.
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« Nous sommes la seule Constitution au monde qui met tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme : président de la République, chef du gouvernement, chef des armées et président du Conseil supérieur de la magistrature », affirme-t-il certainement après avoir véritablement parcouru celles des 195 Etats du monde. « Le chef de l’État peut, à tout moment, décider de l’incarcération d’un citoyen », ajoute Bilie-By-Nze, pour illustrer ce qu’il considère comme une absence de séparation réelle des pouvoirs.
Une charge contre l’architecture institutionnelle
L’ancien Premier ministre insiste sur la portée législative de cette concentration. « La Constitution actuelle permet au président de contraindre le Parlement à revoter une loi, et s’il persiste, de promulguer la loi qu’il souhaite », soutient-il. À ses yeux, le constat est sans ambiguïté : « Il y a une concentration totale du pouvoir exécutif et législatif entre les mains du président ». Bilie-By-Nze estime ainsi que le cadre institutionnel actuel organise la domination de l’exécutif sur les autres pouvoirs.
L’interview à charge de l’ancien bras droit du régime déchu
Bilie-By-Nze dénonce également les atteintes aux libertés publiques. « Aujourd’hui, on embastille des syndicalistes et on met en prison des journalistes. Deux syndicalistes ont été emprisonnés simplement pour avoir revendiqué l’application de leurs droits », affirme-t-il. « Une dictature, c’est aussi lorsqu’on prend un journaliste et qu’on le jette en prison », poursuit-il. Il rappelle qu’en tant qu’ancien ministre de la Communication, il s’était, selon ses propos, opposé à de telles pratiques.
« La volonté du général s’impose comme la volonté générale »
Pour l’ancien chef du gouvernement, la situation dépasse la seule critique institutionnelle. « Le pouvoir d’un seul s’impose à tous les autres ; rien ne peut se décider sans sa volonté. Dans le cas du Gabon, la volonté du général s’impose comme la volonté générale », déclare-t-il. Il accuse aussi le pouvoir d’un fonctionnement fondé sur les réseaux et la proximité politique. « Le gouvernement gabonais fonctionne aujourd’hui comme une gestion des copains, des coquins et des consanguins », lance-t-il.
Interrogé sur les risques personnels liés à ses prises de position, Bilie-By-Nze affirme subir des pressions. « Des menaces, j’en subis, et elles viennent directement du chef de l’État. Bien sûr que c’est difficile. Bien sûr qu’il existe des risques d’emprisonnement et de menaces. Chacun doit mesurer son risque ; moi, je prends le mien », dit-il. L’ancien Premier ministre appelle à un retour à une gouvernance « démocratique et transparente » ainsi qu’à la restauration d’institutions de contrôle effectives. Selon lui, la population gabonaise « n’en peut plus, n’y croit plus et n’en veut plus », ce qui justifie, à ses yeux, l’ouverture d’un dialogue national pour redéfinir l’avenir politique du pays.
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