Gabon : Réseaux sociaux et santé mentale des jeunes au menu d’une journée de réflexion à Libreville
Les responsables du Centre national de santé mentale de Melen ont organisé, ce vendredi 3 juillet à Libreville, une journée de sensibilisation consacrée à l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale. Cette rencontre, placée sous le thème « L’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale », visait à interpeller les familles, les éducateurs et l’ensemble de la société sur les effets parfois invisibles d’un outil devenu omniprésent. Après avoir déjà abordé la problématique de la dépression, les spécialistes ont choisi cette fois de se pencher sur l’influence du numérique dans la vie quotidienne. Au centre des échanges : les jeunes, particulièrement exposés aux usages excessifs, à la comparaison sociale et au cyberharcèlement.
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Les intervenants ont rappelé que les réseaux sociaux ont un effet ambivalent sur la santé mentale. Ils peuvent faciliter l’information, maintenir le lien social et ouvrir des espaces d’expression. Mais ils peuvent aussi favoriser l’anxiété, l’isolement, la perte d’estime de soi et certains épisodes dépressifs, notamment lorsque l’utilisateur se compare en permanence aux autres. Cette pression numérique, souvent banalisée, peut devenir un facteur de fragilisation psychologique chez les adolescents et les jeunes adultes.
Un outil utile, mais pas sans danger
Pour les responsables du Centre national de santé mentale de Melen, l’enjeu n’est pas de diaboliser les réseaux sociaux. Il s’agit plutôt d’en appeler à une utilisation plus consciente, plus encadrée et plus responsable. « Aujourd’hui, il est question d’interpeller les familles, d’interpeller la société sur cet outil qui nous sert certes, mais qui peut avoir des conséquences difficiles dans la société et même sur le plan de la santé mentale de l’individu », a expliqué l’un des intervenants. Ce message vise particulièrement les parents, souvent dépassés par les usages numériques de leurs enfants.
Une autre vue de la journée de reflexion
Les spécialistes estiment que la société doit repenser son rapport aux plateformes numériques à plusieurs niveaux. À l’échelle individuelle, il s’agit de développer l’esprit critique et de mieux maîtriser son temps d’écran. À l’école et dans les familles, l’éducation au numérique devient indispensable pour apprendre à reconnaître les contenus toxiques, les mécanismes de dépendance et les formes de harcèlement en ligne. Sur le plan juridique, les intervenants plaident également pour un meilleur encadrement des contenus afin de protéger les citoyens, en particulier les plus jeunes.
La dignité humaine au cœur du débat
Au cours des échanges, les participants ont aussi insisté sur la manière dont les réseaux sociaux modifient les relations humaines. Selon certains intervenants, ces plateformes tendent à se substituer progressivement aux mécanismes sociaux traditionnels, notamment la parole familiale, le dialogue communautaire et les espaces d’écoute. Cette évolution peut fragiliser les repères collectifs, surtout lorsque le regard des autres en ligne devient plus important que les échanges réels. « Les réseaux sociaux sont en train de se substituer aux mécanismes locaux sociaux que nous avions en place », a relevé un participant.
Face à ce constat, le Centre national de santé mentale de Melen appelle à réapprendre à communiquer autrement. L’objectif est de préserver la dignité humaine face à des usages numériques parfois violents, humiliants ou destructeurs. Les spécialistes rappellent que les commentaires, les moqueries, les rumeurs et les campagnes de cyberharcèlement peuvent avoir de lourdes conséquences psychologiques. Derrière un écran, les blessures peuvent être profondes, surtout chez les personnes déjà fragilisées.
Santé mentale et maladie mentale : une distinction nécessaire
Les organisateurs ont enfin tenu à rappeler une distinction souvent mal comprise : la santé mentale ne se réduit pas à la maladie mentale. La santé mentale désigne un état de bien-être global permettant à une personne de gérer le stress, de développer ses capacités, de travailler, d’apprendre et de participer à la vie sociale. Elle concerne donc tout le monde, y compris les personnes qui ne souffrent d’aucun trouble diagnostiqué. Préserver sa santé mentale, c’est aussi apprendre à se protéger des pressions numériques, de l’isolement et de la surcharge émotionnelle.
La maladie mentale, elle, renvoie à des troubles psychiques identifiés et diagnostiqués, comme la dépression ou certains troubles anxieux. Cette précision est essentielle pour éviter les confusions, les stigmatisations et les jugements rapides. En organisant cette journée de sensibilisation, le Centre national de santé mentale de Melen veut replacer la prévention au cœur du débat public. Dans un pays où les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans l’information, les relations et les mobilisations, cette alerte sonne comme un appel à utiliser le numérique sans sacrifier l’équilibre psychologique.
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