Gabon : Série noire autour des nouveau-nés abandonnés, la détresse des mères en question
Le Gabon fait face à une recrudescence alarmante d’abandons de nouveau-nés, un phénomène aussi glaçant que révoltant qui se multiplie aux quatre coins du pays. Les découvertes de nouveau-nés abandonnés dans des toilettes, des poubelles, des sacs, des cartons, des églises ou au bord des routes se multiplient au Gabon, suscitant une profonde émotion dans l’opinion. De Tchibanga à Oyem, en passant par Akanda et Libreville, ces drames révèlent une crise sociale silencieuse, faite de précarité, de grossesses non désirées, de solitude, de rejet familial et d’insuffisance des dispositifs d’accompagnement des jeunes mères en détresse.
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Le dernier cas signalé remonte au 10 mai à Tchibanga, dans la province de la Nyanga. Un nourrisson âgé d’à peine trois semaines a été retrouvé abandonné dans un sac, à l’intérieur d’une église du quartier Château. Alertés par des pleurs entendus depuis plusieurs jours, des riverains ont fini par découvrir le bébé encore vivant, avant son transfert au Centre hospitalier Benjamin-Ngoubou pour une prise en charge médicale d’urgence.
Une succession de découvertes qui choque le pays
Quelques semaines plus tôt, à Oyem, dans le Woleu-Ntem, un nouveau-né avait été découvert dans un sachet plastique près d’une pompe publique. L’enfant, âgé de seulement quelques jours, avait été pris en charge en urgence par les services médicaux du Centre hospitalier régional d’Oyem. Ce nouveau drame avait déjà provoqué indignation et incompréhension, tant les circonstances de l’abandon traduisaient une mise en danger extrême.
Une autre récente découverte
À Akanda, au nord de Libreville, la population avait également été bouleversée par la découverte d’un bébé abandonné dans une poubelle au quartier Amissa. Des habitants, alertés par les pleurs du nourrisson au milieu des ordures, avaient réussi à le sauver in extremis avant l’intervention du Samu social gabonais. Les images relayées sur les réseaux sociaux avaient suscité une vague d’émotion dans tout le pays, relançant le débat sur la protection des nouveau-nés et la détresse des mères isolées.
Le Samu social face à une détresse récurrente
Ces cas ne sont malheureusement plus isolés. Selon plusieurs titres de la presse gabonaise et des structures sociales, les abandons de nouveau-nés deviennent récurrents au Gabon, avec des découvertes dans des latrines, des caniveaux, des dépotoirs ou des lieux publics. Le Samu social gabonais a récemment indiqué prendre en charge plusieurs nourrissons retrouvés dans des conditions extrêmement précaires, souvent entre la vie et la mort.
Derrière chaque abandon, les causes peuvent être multiples. Précarité sociale, grossesses précoces, rejet familial, violences sexuelles, peur du jugement, absence du père, isolement psychologique ou incapacité matérielle à élever un enfant : les facteurs se croisent et dessinent une réalité brutale. Pour de nombreuses jeunes femmes, la grossesse devient parfois une impasse vécue dans la honte, le silence et la panique, faute de relais sociaux suffisamment accessibles.
Une urgence sanitaire, sociale et judiciaire
Ces affaires posent une question essentielle : comment une société peut-elle en arriver à voir des nouveau-nés abandonnés dès leur naissance dans des lieux aussi insalubres et dangereux ? Au-delà de l’émotion, le phénomène appelle une réponse structurée, combinant prévention, accompagnement psychologique, protection sociale et sensibilisation à la santé reproductive. Les campagnes sur la contraception, le suivi des grossesses, les dispositifs d’écoute et les solutions d’accueil temporaire doivent être renforcées.
Sur le plan judiciaire, les autorités rappellent que l’abandon d’enfant constitue une infraction sévèrement punie par le Code pénal gabonais. Des enquêtes sont généralement ouvertes pour identifier les auteurs de ces actes. Mais la seule répression ne peut suffire à enrayer le phénomène si les causes profondes restent intactes. Tant que des femmes enceintes en détresse ne sauront pas vers qui se tourner sans peur d’être jugées ou rejetées, le risque de nouveaux drames demeurera élevé.
Protéger les enfants, accompagner les mères
La multiplication de ces abandons constitue désormais un signal d’alarme pour les pouvoirs publics, les familles, les communautés religieuses, les services sociaux et les acteurs de santé. Chaque nourrisson sauvé rappelle qu’un autre aurait pu mourir dans l’indifférence. Chaque cas révèle aussi une faille dans la chaîne de protection de l’enfance et dans l’accompagnement des femmes vulnérables.
Le Gabon ne peut se contenter de s’émouvoir à chaque découverte avant de passer au drame suivant. Il faut identifier les zones à risque, renforcer les mécanismes d’alerte, créer des espaces d’écoute confidentiels, soutenir les maternités sociales et mieux accompagner les jeunes mères en situation de rupture. Car derrière ces bébés abandonnés, il y a à la fois des vies mises en danger et une société appelée à regarder en face ses fragilités les plus profondes.
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