Gros-Bouquet : l’État gabonais libère 274 « otages » d’une justice devenue hors-la-loi
Un vent de liberté a soufflé depuis ce lundi 16 mars sur la principale prison du Gabon. Hier, 274 détenus de la prison centrale de Libreville, parmi lesquels figurent 8 femmes, ont officiellement recouvré la liberté. Ces libérations massives se sont faites à la faveur d’une cérémonie solennelle qui a enregistré la participation du ministre de la Justice chargé des droits humains, Augustin Emane. Cet événement marque une volonté de rectifier de graves défaillances administratives et judiciaires qui privaient illégalement des citoyens de leurs libertés fondamentales.
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Cette vague de libérations puise sa source dans un constat alarmant dressé par le nouveau membre du gouvernement lors d’une visite inopinée effectuée le jeudi 12 février au sein du pénitencier. Sur place, le ministre a découvert qu’une proportion écrasante des pensionnaires croupissait en détention préventive, souvent de manière prolongée et injustifiée. Les statistiques communiquées à cette occasion sont accablantes et illustrent l’ampleur de la paralysie : sur un effectif total de 3 500 détenus recensés, environ 600 seulement ont effectivement été jugés.
Une commission d’enquête face aux dérives carcérales
Le malaise dépasse cependant les seuls murs de Gros-Bouquet. Il y a quelques semaines, la haute hiérarchie de la sécurité pénitentiaire a tiré la sonnette d’alarme en adressant un rapport détaillé au Garde des sceaux. Ce document signalait la présence, dans l’ensemble des prisons du Gabon, de personnes dont la situation carcérale était devenue purement irrégulière. Face à cette situation intenable, l’inspecteur général des services judiciaires, Apollinaire Ondo Mvé, a impulsé la mise en place d’une commission d’enquête administrative chargée d’ausculter les registres d’écrou.
| Réalité | Faits et chiffres constatés | Cadre légal et conséquences |
|---|---|---|
| Événement principal | Libération officielle de 274 détenus, dont 8 femmes, de la prison centrale de Gros-Bouquet. | Cette mise en liberté d’office ordonnée par le gouvernement entraîne l’extinction de l’action judiciaire à l’encontre de ces personnes. |
| Bilan carcéral | Une surpopulation critique : sur un effectif de 3 500 détenus, environ 600 seulement ont effectivement été jugés. | Constat d’un recours abusif à la détention préventive, avec des justiciables maintenus en dehors de tout cadre légal. |
| Procédure d’enquête | L’Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) a mené une enquête de 10 jours suite à une visite inopinée du ministre le 12 février. | L’auscultation des registres a permis d’identifier des cas de peines largement dépassées et des procédures de flagrance hors délais. |
| Détention correctionnelle | De nombreux prévenus croupissaient en prison bien au-delà des limites fixées par les textes. | Le Code de procédure pénale fixe la limite à 6 mois, prolongeable de 6 mois par ordonnance motivée, soit un maximum absolu de 12 mois. |
| Détention criminelle | La pratique de certains magistrats instructeurs transformait la détention préventive en règle absolue et indéterminée. | La durée légale est d’un an, avec des prolongations strictement encadrées par la Chambre d’accusation pour ne jamais dépasser 2 ans. |
À la prison centrale de la capitale, cette commission pilotée par l’Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) a mené un travail de fourmi, enquêtant sans relâche durant 10 jours en collaboration avec les services compétents de l’établissement. Cette auscultation minutieuse a permis d’identifier dans un premier temps plus de 500 cas problématiques. En affinant son examen, la commission a formellement établi que 274 détenus de la célèbre "Sans-Famille" se trouvaient dans une situation d’irrégularité manifeste. Cette injustice s’explique de deux manières : soit ces individus avaient déjà été condamnés et la durée légale de leur peine était largement dépassée, soit ils avaient été placés sous mandat de dépôt dans le cadre d’une procédure de flagrance, mais n’ont jamais été jugés dans les délais impartis par la loi.
Le non-respect flagrant du code de procédure pénale
Ce drame humain et administratif met en lumière une violation systématique des textes en vigueur. Le code de procédure pénale est pourtant d’une clarté absolue concernant la durée de la détention préventive. En matière correctionnelle, cette période d’incarcération avant jugement est initialement fixée à 6 mois. Bien qu’elle puisse être prolongée de 6 mois supplémentaires par une ordonnance motivée du juge d’instruction, rendue après réquisitions du procureur de la République, la détention provisoire correctionnelle ne peut en aucun cas excéder 12 mois au total.
Une autre vue de ces victimes de la machine judiciaire
En matière criminelle, le délai légal est d’un an, prolongeable de 6 mois par le magistrat instructeur sous conditions spécifiques. Si le juge estime qu’un maintien au-delà de 18 mois est nécessaire, le dossier doit obligatoirement être transmis à la chambre d’accusation qui ne peut accorder qu’une ultime prolongation de 6 mois. En clair, un justiciable ne peut légalement passer plus de 2 ans en prison sous le régime de la détention préventive pour un crime. Face à « l’anormalité observée au sein de l’appareil judiciaire », où ces règles sont bafouées, le gouvernement a pris ses responsabilités en donnant des instructions pour libérer d’office ces victimes du système. Le ministre chargé des droits humains a d’ailleurs acté la fin de ce calvaire juridique en soulignant que « cette mesure éteint l’action judiciaire à l’encontre de ces personnes ».
@info241.com
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