Guerre des « grades » à l’UOB : Franck Idiata y dévisage une université gabonaise foncièrement « malade »
L’universitaire et écrivain Daniel Franck Idiata est monté au créneau contre la convocation annoncée de trois enseignants du département des sciences du langage de l’Université Omar-Bongo (UOB) devant le conseil de discipline. Dans une tribune publiée ce samedi 8 août dans les colonnes de L’Union, le professeur titulaire du Cames dénonce une procédure qu’il juge absurde. Les universitaires concernés seraient accusés d’avoir sollicité leur promotion auprès du Conseil africain franco-arabe pour les grades (Cafag), après avoir été reconnus maîtres-assistants par le Cames. Une affaire qui révélerait, selon lui, un malaise beaucoup plus profond au sein de l’université gabonaise.
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Intitulée « La guerre des “grades” : symptôme d’un mal profond de l’Université gabonaise », la tribune s’appuie sur un document attribué au rectorat de l’UOB. Celui-ci convoquerait les trois enseignants devant le conseil de discipline pour une possible « usurpation de grades universitaires ». Daniel Franck Idiata estime que ce motif traduit une confusion entre diplôme, fonction académique et mécanisme de reconnaissance professionnelle. « Je prends la plume pour dénoncer, d’une part, l’absurdité de la convocation de ces collègues devant le conseil de discipline de l’UOB pour un motif aussi burlesque », écrit-il.
Diplôme et fonction académique, une confusion dénoncée
L’auteur commence par distinguer le grade universitaire de la fonction occupée par un enseignant-chercheur. Dans le système Licence-Master-Doctorat, le grade universitaire correspond, selon lui, à un niveau de formation sanctionné par un diplôme reconnu. Les appellations assistant, maître-assistant, maître de conférences et professeur titulaire relèvent plutôt des fonctions académiques et de la progression professionnelle. Les confondre reviendrait, d’après lui, à brouiller la compréhension même de l’organisation universitaire.
Daniel Franck Idiata rejette également toute transposition du modèle militaire au fonctionnement de l’enseignement supérieur. Dans l’armée, rappelle-t-il, le grade détermine la place du militaire dans la hiérarchie, son niveau de responsabilité et ses rapports d’autorité. À l’université, les différentes fonctions servent principalement à situer l’évolution scientifique et professionnelle des enseignants et des chercheurs. « Les grades militaires n’ont pas vocation à être transposés tels quels dans l’enseignement supérieur », insiste-t-il.
Le Cames ne disposerait pas du dernier mot
La tribune remet ensuite en question l’idée selon laquelle le Cames détiendrait, à lui seul, le pouvoir de promouvoir les enseignants-chercheurs gabonais. Pour Daniel Franck Idiata, l’institution interétatique établit des listes d’aptitude et formule une reconnaissance technique, mais la décision finale appartient à l’État. Au Gabon, les enseignants sont recrutés, rémunérés et reclassés par les pouvoirs publics, qui conservent le monopole des nominations aux différentes fonctions académiques. « Ni le Cames, ni le Cafag, ne détient le pouvoir de reclasser directement un enseignant-chercheur ou un chercheur », soutient-il.
L’universitaire rappelle toutefois que le Cames demeure l’organisme de référence dans l’espace africain francophone et à Madagascar. Créée pour harmoniser l’enseignement supérieur, la recherche et les mécanismes d’assurance qualité, l’organisation regroupe 19 États, dont le Gabon. Daniel Franck Idiata, lui-même professeur titulaire du Cames depuis 2011, assure ne pas remettre en cause la valeur de cette institution. Il conteste plutôt l’idée que son système de reconnaissance puisse exclure automatiquement toute qualification délivrée par un organisme comparable.
Le Cafag au cœur de la controverse
Le Cafag est présenté dans la tribune comme une association de droit malien consacrée à l’évaluation des universitaires et des chercheurs, ainsi qu’à la promotion de l’enseignement supérieur franco-arabe. Son apparition dans le parcours professionnel des trois enseignants de l’UOB aurait provoqué la levée de boucliers au sein de l’établissement. Daniel Franck Idiata reconnaît que son statut diffère de celui du Cames, organisation interétatique, mais estime que cette différence ne suffit pas à transformer une inscription sur une liste d’aptitude en faute disciplinaire. Il souligne également qu’une telle inscription ne confère pas automatiquement une nomination dans la fonction publique gabonaise.
Pour illustrer son raisonnement, l’auteur établit un parallèle avec la reconnaissance des qualifications délivrées dans d’autres espaces académiques. Un enseignant qualifié en France par le Conseil national des universités devrait, selon lui, pouvoir faire reconnaître cette qualification dans l’espace Cames. Le même principe pourrait être appliqué à un collègue inscrit sur une liste d’aptitude du Cafag, sous réserve d’une procédure de reconnaissance appropriée. « L’inscription sur la liste d’aptitude du Cames ne confère pas, en elle-même, une supériorité intrinsèque de compétence ou de mérite », fait-il valoir.
Un appel à harmoniser les procédures
Daniel Franck Idiata appelle finalement à une rationalisation des relations entre le Cames, le Cafag et les autres organismes poursuivant des objectifs similaires. Cette harmonisation devrait permettre de clarifier les équivalences, les conditions de reconnaissance et les procédures de promotion des universitaires. Il affirme qu’il accepterait lui-même de soumettre au Cames un dossier éventuellement reconnu par le Cafag afin de faire valider sa fonction académique par ses pairs. Cette démarche éviterait, selon lui, que les divergences institutionnelles se transforment en conflits personnels ou disciplinaires.
Au-delà du cas des trois enseignants convoqués, l’écrivain décrit une université gabonaise minée par les querelles de légitimité, les passions bureaucratiques et les crispations symboliques. La « guerre des grades » ne serait donc que la manifestation visible d’une crise plus large touchant la gouvernance et la gestion des carrières académiques. Il invite les responsables de l’UOB et les autorités compétentes à privilégier la clarification juridique et le dialogue scientifique. Pour Daniel Franck Idiata, l’urgence consiste désormais à sortir des affrontements de chapelle afin de replacer la compétence, la qualité de la recherche et l’intérêt de l’université gabonaise au centre du débat.
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