Réseaux sociaux censurés au Gabon : Oligui Nguema en revendique la paternité, la HAC désavouée !
On croirait rêver mais tout est officiel. C’est une clarification qui vaut aveu politique. Ce jeudi 26 février, à l’ouverture du conseil des ministres, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a tenu à « recadrer avec fermeté » le débat national autour de la suspension temporaire de l’accès à certains réseaux sociaux. Et ce recadrage est lourd de sens : la décision ne relève pas de la Haute autorité de la communication (HAC), pourtant présentée comme indépendante, mais bien du gouvernement, « sous son autorité ».
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Depuis l’annonce de la mesure le 17 février, nombre d’observateurs s’étaient interrogés sur son origine et sur les sorties de piste des porte-paroles présidentiels. La HAC, sur le papier, est une autorité administrative indépendante. Mais l’extrait du communiqué final est limpide : « le Gouvernement a été conduit, sous son autorité, à recourir à cette mesure exceptionnelle » . Autrement dit, la décision est politique. Et assumée comme telle.
Un « acte de souveraineté » revendiqué
Le chef de l’État rejette toute idée d’improvisation. La suspension, affirme le communiqué, « ne procède ni d’une improvisation, ni d’une volonté de restreindre les libertés fondamentales » . Elle constituerait au contraire « un acte de souveraineté et de responsabilité » , dicté par la nécessité de protéger « l’ordre public » , de préserver « la cohésion nationale » et de sauvegarder « la dignité des Institutions républicaines ».
Le ton est martial. La mesure n’est pas présentée comme une simple régulation technique, mais comme un geste d’autorité. Le président assume ainsi une ligne ferme face à ce qu’il décrit comme des « campagnes organisées de diffamation » , des « manœuvres de déstabilisation » et des « instrumentalisations politiques inacceptables » .
Une décision qui contourne le débat
Plus frappant encore, le communiqué insiste sur l’absence de débat autour de la mesure. Le chef de l’État parle d’un « signal d’autorité et de responsabilité » et évoque un « déficit d’anticipation » au sein de l’appareil gouvernemental. En creux, le message est clair : la décision n’est pas à discuter, y compris dans les rangs de l’exécutif.
Ce positionnement interroge. Car si la suspension est présentée comme « transitoire », elle est aussi assumée comme un marqueur d’autorité. Un virage à 360 degrés — ou plutôt un retour à une verticalité assumée — qui tranche avec les discours initiaux sur l’indépendance des institutions et la modernisation de la gouvernance.
La HAC, autorité indépendante… en théorie
En confirmant que la mesure a été prise « sous son autorité », le président balaie implicitement l’idée d’une décision autonome de la HAC. Celle-ci apparaît désormais comme l’instrument d’une orientation politique décidée au sommet de l’État.
Cette clarification relance le débat sur la réalité de l’indépendance des autorités administratives au Gabon. Si la suspension des réseaux sociaux relève d’un arbitrage gouvernemental, alors la séparation entre régulation technique et décision politique se trouve, de fait, brouillée.
« Encadrement du numérique » ou reprise en main ?
Le président assure toutefois que l’encadrement du numérique se fera « dans le strict respect de l’État de droit » , avec des « garde-fous nécessaires contre toute tentative de déstabilisation nationale » . La suspension est décrite comme « par nature transitoire » et non comme une finalité.
Reste que le signal envoyé est fort : face aux tensions numériques, la réponse choisie est celle de la restriction généralisée plutôt que de la régulation ciblée. Une méthode radicale qui divise l’opinion publique, notamment parmi les acteurs économiques et les créateurs de contenus dont l’activité dépend directement des plateformes.
En assumant personnellement la décision, Oligui Nguema transforme une polémique institutionnelle en choix politique clair. Il ne s’agit plus d’une décision technique de la HAC, mais d’un acte de gouvernement. Ce repositionnement en dit long sur la conception du pouvoir à l’œuvre : centralisée, verticale, revendiquant la souveraineté comme fondement de l’autorité. Reste à savoir si cette démonstration de fermeté renforcera la cohésion nationale invoquée, ou si elle alimentera une défiance déjà palpable dans l’espace public.
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